Photo du jour (29/03/2016) : Catherine Merdy

Catherine Merdy

Catherine Merdy nous entraine au Liban avec cette image intitulée 2 beirut – « la librairie » – 2005

Je ne connaissais rien du proche, ni même du Moyen Orient. Je n’avais de Beyrouth que de vagues et lointaines images floues, images télévisées du temps de mon adolescence, image d’un chaos vite oublié dans l’allégresse d’une jeunesse turbulente vécue à des milliers de kilomètres.

Invitée à y venir exposer mon travail photographique et à y résider 1 mois, je découvris Beyrouth pour la première fois, une nuit de mars 2005, dans un très long travelling aérien où la ville étalait comme un collier de perles étincelantes porteuses chacune d’une promesse.

Dans une ville en pleine effervescence, une ville qui va, vient et semble tourner sur elle-même comme si elle avait oublié quelque chose, j’ai erré à la recherche de ses mythes sans véritablement en trouver la trace.

Dans un décor urbain en pleine reconstruction où semble être tenter un nouvel ordonnancement, je me suis perdue dépourvue de tous repères.

Alors j’ai tracé mon parcours, au gré de mes envies et de mes rencontres. Beyrouth ne se définit pas, Beyrouth se vit.

Il est des moments dans l’histoire d’une ville qui résument toute une époque ; des moments où le temps suspendu semble hésiter à basculer vers une réalité nouvelle. Et c’est dans un de ces moments-là qu’allait s’inscrire pour moi la première étape de mon voyage par 2 là le monde.

Si les évènements du passé semblaient glisser sur les façades ensoleillées de la ville, Beyrouth était aujourd’hui marquée par une actualité bouillonnante. A chaque coin de rue son drapeau, à chaque façade son nouveau mot d’ordre, à chaque balcon son affiche, à chaque mur ses désirs colorés, à chaque conversation ses doutes, ses peurs et ses espoirs … Un homme était mort quelques semaines plus tôt et la foule réclamait la vérité.

Perdue dans un « conflit » qui n’était pas le mien, immergée dans un pays dont je ne comprenais pas la langue, errant dans un Beyrouth qui parfois me semblait ne plus ressembler à rien à force de reconstruction, les mots de Jade Tabet à propos de cette ville ont pris tout à coup plus qu’un sens.

Car ici, peut-être plus qu’ailleurs, « se révèle à nous un des questionnements majeurs de ce début de siècle, déchiré entre globalisation uniformisante et replis identitaire : celui de notre capacité à imaginer, avant qu’il ne soit trop tard, des espaces ouverts où la pluralité des cultures et des appartenances, où l’expression des différences ne vienne pas, à chaque fois, remettre en cause les bases de la convivance. »

Catherine Merdy – Beyrouth mars 2005

http://www.catherine-merdy.fr/